Yvon Dallaire, M.Ps.

Du divorce au nouvel amour.

Du divorce au nouvel amour.

Surtout évitez de vous retrouver dans les bras de la première personne qui veut vous consoler, ou courir les bars, ou vous abrutir dans le travail, ou vous consacrer exclusivement aux besoins des enfants… Ce faisant, vous ne feriez que retarder le deuil nécessaire de cette première partie de votre vie et le travail de reconstruction que seule la solitude et le silence peuvent vous permettre de faire afin de vivre plus intensément la prochaine partie de votre vie.

Retrouver son moi intérieur
La période suivant votre séparation possède un objectif capital : vous aider à comprendre ce qui s’est réellement passé pour éviter de recréer le même scénario et vous retrouver dans la même situation, cinq ans plus tard, avec un deuxième divorce sur les bras et un enfant en plus. Comprendre ce qui s’est passé signifie devenir conscient de votre responsabilité dans cette séparation. Non pas votre culpabilité, mais votre responsabilité : qu’avez-vous apporté (ou non) dans votre couple et comment avez-vous réagi à ce que votre partenaire a (ou non) apporté dans le couple. Ce travail ne sera terminé que le jour où vous aurez pris l’entière responsabilité (100 %) de vos actions et réactions, même si vous n’êtes que co-responsable de l’évolution du couple et que c’est votre partenaire qui a décidé d’y mettre fin. Il vous faut prendre conscience que vous avez influencé (et continuerez d’influencer) l’évolution de ce couple maintenant défait. N’oubliez pas que ce sont les deux amants qui divorcent ; en tant que parents, vous êtes lié à vie avec votre « ex » et vous donc aurez à négocier encore avec lui.

Vous aurez certes besoin de laisser la poussière retomber et les émotions (colère, tristesse, désespoir…) s’estomper avant d’analyser plus froidement votre situation. Mais, si vous ne profitez pas de cette période de solitude, choisie ou imposée, pour vous remettre en question vos croyances et vos scénarios en profondeur, je vous assure que vous répéterez les mêmes erreurs lors de votre prochaine relation, comme nous le démontre les statistiques. La séparation est une occasion rêvée, quoique souffrante, de faire une mise au point : regarder le chemin parcouru depuis votre naissance, faire le bilan de votre vie actuelle, faire le tri entre vos croyances illusoires et vos croyances réalistes et planifier la suite de votre vie selon vos réels besoins et non pas, ou non plus, selon les attentes des autres ou de la société. 

La vie existe après le divorce et elle est souvent meilleure, à la condition d’avoir effectué cette conscientisation et cette responsabilisation de votre vie passée, lesquelles vous permettront de prendre les actions qui s’imposent afin d’améliorer votre projet de vie. Certains anthropologues comparent le divorce à une initiation, un passage entre la vie du jeune adulte et la véritable maturité. Ce « travail » sur vous-même peut durer de six mois à deux ans, dépendant si c’est vous qui quittez ou qui êtes quitté, dépendant aussi si vous faites appel ou non à un professionnel de la croissance personnelle.

Attention aux mirages
Certains, au lieu de voir la solitude comme un poids, peuvent la percevoir comme la terre promise : enfin seul ! Plus de comptes à rendre, plus de compromis à faire : « Je vais pouvoir faire enfin ce que je veux, quand je le veux et comme je le veux. » disent plusieurs de mes client(e)s divorcé(e)s. Ce à quoi je leur rétorque « Mais à quoi croyez-vous que sert la liberté, sinon à choisir sa propre prison ? » Par prison, j’entends évidemment faire des choix de vie dans lesquels on s’engage totalement, tout en gardant la possibilité de rétrograder (soit de garder la porte de la prison ouverte). Si liberté veut dire indépendance, alors il y a très peu de gens véritablement libres, car plusieurs de nos besoins nécessitent la présence des autres. Vous avez peut-être divorcé pour vous sortir d’une dépendance affective et êtes transporté par l’euphorie de cette nouvelle indépendance, croyant que c’était l’autre qui brimait votre liberté, mais même seul vous ne pouvez faire que tout ce que vous voulez. La liberté est un état d’esprit, non pas une absence de liens, d’interdépendance ou de responsabilités : on peut être libre, même marié. N’oubliez pas non plus que des enfants « dépendent » maintenant de vous. 

Vous êtes à nouveau disponible sur le « marché » des âmes, des cœurs et des corps et vous vous rendez compte que vous attirez toujours l’autre sexe : vous « poignez ». Un monde de séduction et de conquêtes (plus ou moins faciles) s’ouvre à vous. Croyant redevenir le « chasseur », vous n’êtes, plus souvent que vous le pensez, qu’une nouvelle « proie » que les aventuriers de longue date vont s’échanger. Vous pouvez, dans un premier temps, être flatté de tant d’attention, mais à la longue les aventures sans lendemain ne provoquent qu’amertume, désappointement et désabusement. Et vous finirez par croire que « Les hommes (et les femmes) sont tous pareils. »

Un dernier mirage : croire que si votre couple n’a pas bien fonctionné, c’est que vous n’aviez pas fait le bon choix. Vous voilà donc parti à la recherche de l’âme sœur ! Celle qui vous comprendra comme jamais personne ne vous a compris et aimé. L’âme sœur n’existe pas. Il n’existe pas d’homme idéal ou de femme idéale : mettez-vous ça dans la tête une fois pour toutes. Ou bien dites-vous, ce qui est beaucoup plus près de la réalité, que chaque personne pourrait devenir une âme sœur. Vous voulez réussir votre prochaine relation : posez-vous les bonnes questions, ayez des attentes réalistes face au couple et … changez vos scénarios relationnels. Pour que votre futur prince ou princesse ne se retransforme pas en crapaud ou en sorcière, n’arrêtez jamais de l’embrasser, ou apprenez à reconnaître la beauté d’un crapaud. Sachez aussi que la sorcellerie est synonyme de connaissances.

Les avantages de la solitude
Si vous utilisez votre période de solitude post séparation pour comprendre (avec ou sans l’aide d’un professionnel) les raisons qui vous ont amené à choisir CE partenaire et comprendre les actions – réactions dont vous êtes seul responsable et qui ont amené votre rupture, si vous utilisez ce temps de solitude pour assumer la perte liée au divorce (vos rêves de couple et de famille, votre belle-famille et vos amis, votre milieu de vie, votre patrimoine…), si vous utilisez vos temps libres pour découvrir de nouvelles activités (sport, cuisine, mécanique, économie, voyage, art…) et développer des relations humaines chaleureuses et asexuées, si vous refaites le plein de jeunesse et d’enthousiasme lorsque vous êtes avec vos enfants, si vous vivez votre nouvelle vie sexuelle avec honnêteté et sécurité, si vous vous refaites une nouvelle image (physique et psychologique) de vous-même tout en vous créant un nouveau milieu de vie, si vous faites tout cela et beaucoup d’autres choses encore… alors vous pourrez dire avec Georges Moustaki « Non, je ne suis jamais seul avec ma solitude » puisque vous aurez appris à mieux vous connaître et à mieux savoir ce que vous voulez du reste de votre vie. 

Vous apprendrez aussi que, de toutes façons, vous serez toujours seul en vous-même, en couple ou célibataire. « La solitude, c’est vivre au passé » chante Plume Latraverse. Que cela vous prenne un, trois ou cinq ans pour intégrer votre passé et le dépasser, pour apprendre à vivre seul et à être un célibataire heureux, peu importe, vous saurez maintenant ce que veut dire VIVRE. Et vous serez prêt, et mieux outillé, pour former un couple heureux. Comme le dit si bien Gisèle Larouche, « Ce que nous sommes est si grand que nous n’en finissons pas de nous étonner nous-même lorsque nous nous permettons d’être. » 

Liquider la relation avec l’ex.
Avant de vous engager à nouveau avec quelqu’un qui risque, lui aussi, d’avoir des enfants, vous devrez toutefois assurer vos arrières, soit 1. apprendre à gérer seul votre famille, 2. composer avec l’autre parent pour l’éducation de vos enfants et 3. clarifier l’avenir de votre relation avec votre ex. Si c’est vous qui avez quitté, il se peut que votre ex-conjoint espère toujours votre retour. Ces trois tâches sont loin d’être facile à réaliser car elles relèvent d’un triple paradoxe : 1. vous entendre avec la personne dont vous divorcez alors que vous divorcez parce que vous ne réussissez plus à vous entendre, 2. collaborer en tant que parents alors que l’une des principales sources de mésententes des couples est l’éducation à donner aux enfants, et 3. garder la tête froide au moment où vous vivez une tornade émotionnelle. Tous les deux, chacun de votre côté, vous désirez continuer à remplir vos responsabilités de parent, mais comment assurer une continuité dans l’éducation sans empiéter sur l’autonomie de votre ex-conjoint et donner à vos enfants la stabilité dont ils ont cruellement besoin au moment même où leur monde est perturbé et où vous-même remettez votre vie en question.

Non seulement vous aurez à faire face à votre sentiment de culpabilité, à votre tendance à relâcher la discipline pour vous faire pardonner, mais vous aurez aussi à apprendre à gérer, avec l’aide ou malgré votre ex-conjoint, votre famille maintenant devenue doublement monoparentale. Ce n’était pas facile à deux, imaginez seul, surtout si vous aviez tendance à être plutôt le parent absent. Vous devrez développer de nouvelles stratégies, établir des frontières entre « chez nous » et « chez l’autre », accepter le style de vie de l’autre et ne jamais, au grand jamais, ternir l’image de votre ex devant vos enfants, ou accepter que l’autre ternisse votre image, car les enfants ont besoin d’admirer leurs parents pour développer leur identité. Si vous n’y parvenez pas, retournez en médiation familiale. Convainquez-vous qu’un bon parent, c’est celui qui reconnaît l’importance de l’autre parent.

Le nouvel amour  
Tôt ou tard, l’amour reprend ses droits, que vous le vouliez ou non, mais pas nécessairement au moment où vous le désirez. Parfois, l’amour vous tombe dessus trop tôt et vous pousse à demander le divorce pour réaliser cet amour : vous passerez pour le « méchant » tant auprès de votre ex que de vos enfants, parents et amis, alors que, dans les faits, la séparation affective était consommée depuis longtemps. Vous serez accusé d’avoir provoqué le divorce. Parfois, l’amour arrive dans les semaines ou les mois suivant votre séparation provoquant là aussi la colère de votre entourage : « Mais comment peut-il (ou elle) être heureux alors que nous avons si mal ? » Malgré tout, affirmez cet amour et n’acceptez pas que votre ex critique votre nouveau partenaire, exigez que votre ex-conjoint respecte vos choix et votre nouvelle vie, même si cet amour précoce rend plus difficile la liquidation de votre relation et votre évolution personnelle.

Parfois, au contraire, l’amour tarde à revenir. Oh ! Vous avez bien rencontré quelques prospects depuis votre séparation, mais vous êtes toujours seul, malgré votre désir de vous stabiliser. Résistez toutefois à la tentation de vous engager avec quelqu’un pour fuir votre solitude. Profitez-en au contraire pour vivre votre « jeunesse » et réaliser tous les rêves et projets que vous devrez mettre de côté lorsque Cupidon repassera. Ne vivez pas en attendant de pouvoir « recommencer » votre vie : on ne refait jamais sa vie, on la continue. Votre prochaine relation sera une nouvelle étape de votre vie, non une reprise. Profitez de cet entre-deux pour analyser votre scénario de couple et le changer en profondeur afin de ne pas répéter la même dynamique dysfonctionnelle.

La famille recomposée
S’il est difficile de vivre à deux lors d’une première relation, imaginez vivre à deux lorsque celui ou celle qu’on aime vient avec une famille déjà constituée, avec une histoire, des habitudes de vie, une belle-famille… et un ex. Vaut-il mieux vivre chacun chez soi (v.c.c.s.) et former un « couple de fin de semaine » ou prendre le risque de s’engager à nouveau ? L’autre en est-il à sa première union ou à sa troisième ? Quel sera le sens de ce nouveau couple : de nouveaux enfants ou un projet commun ? Où habiterons-nous ? Comment gérer la visite des enfants de l’autre, si nous décidons de cohabiter ? Comment protéger cette nouvelle cellule de l’influence des ex ? Quel type d’union faire : union libre, pacs, mariage civil et/ou religieux ?

Comment annoncer à vos enfants que « Je l’aime et je veux vivre avec lui (ou elle) », eux qui n’ont pas l’obligation d’aimer votre nouveau conjoint même s’ils devront apprendre à fonctionner avec lui ? Quand inviter l’autre à partager non seulement notre lit mais aussi notre vie, au su et au vu des enfants ? D’après les études (voir les lecture suggérées), l’idéal serait entre deux et quatre ans après la séparation : une fois le deuil de la première famille effectuée et avant que trop d’habitudes soient prises.

Les familles recomposées du temps passé l’étaient suite à un veuvage et étaient bien vues de la « bonne » société. Beaucoup de mythes et de préjugés existent envers les familles reconstituées après un divorce, mais la famille ainsi reformée n’est-elle pas la preuve d’une foi inébranlable en la valeur du couple et de la famille. Sauf que, à l’inverse des familles traditionnelles, le sentier n’est pas tracé d’avance et chaque nouvelle famille doit trouver son propre chemin, sa propre structure, sa propre dynamique, et faire ainsi preuve de créativité. 

À titre d’exemple, voici quelques situations exclusives aux familles recomposées : votre enfant ne s’entend vraiment pas avec son nouveau « beau – parent » et ne veut plus venir vous voir ; l’enfant de l’autre refuse votre autorité; les enfants réunis ne parviennent pas à s’entendre ; l’arrivée d’un nouvel enfant  dans le couple recomposé ; le budget qui doit tenir compte des pensions alimentaires ; le partage des biens advenant le décès du nouveau conjoint ; le rôle et le statut des différents grands-parents ; l’organisation des fêtes familiales (anniversaires, Noël, première communion)… Selon Gisèle Larouche, la famille recomposée ne peut être une réplique de la première union, tout comme ce n’est pas non plus une famille de second ordre, mais plutôt un nouveau processus de vie demandant beaucoup de courage, de patience et… un véritable amour. 

 

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